Mozart à 31 ans peint par son beau-frère Joseph Lange


La mort de Leopold Mozart

Alors que Wolfgang débute la composition de l’opéra Don Giovanni, son père Léopold tombe malade début avril 1787. A partir de cette année, Mozart pensera souvent et écrira beaucoup sur la mort. Il oscille entre la culpabilité d’être libéré de son père et le désir de le satisfaire, et de le rassurer sur sa foi. Le 4 avril 1787, il écrit à son père :"je ne me couche jamais sans réfléchir que le lendemain peut-être, si jeune que je sois, je ne serai plus là,...et pourtant personne ne peut dire que je suis chagrin ou triste dans ma fréquentation". Dans cette fameuse lettre il parle de la mort comme du "véritable but de notre vie". Il ajoute aussi: "je me suis depuis quelques années tellement familiarisé avec cette parfaite amie que non seulement son image n'a rien d'effrayant en moi, mais au contraire m'est très apaisante, très consolante". Leopold MOZARTIl est âgé de 31 ans à ce moment là, et dans ces dernières lignes, toute la philosophie des francs-maçons transparaît. Léopold reçoit ces mots dans la tranquillité que son initiation (de franc-maçon) lui a procuré. Lorsque l’heure sonnera, le père et le fils seront prêts, en silence et dans la dignité, à rejoindre l’Orient Eternel.


Leopold meurt calmement le 28 mai 1787 et sera enterré à Salzbourg. Son importance capitale dans l’éducation musicale et l’instruction de Wolfgang est indéniable. Sans son père, Wolfgang ne serait peut-être jamais devenu le grand compositeur que l’on écoute et admire encore actuellement. Leopold joua un rôle crucial pour son fils. Il subit une fin de vie assez triste, donnant tout à ses enfants pour, in fine, être réduit à une position d'observateur ; qu’il se soit un peu senti abandonné par son fils les dernières années, semble certain, cependant, il n’aura jamais abusé de son autorité pour satisfaire ses envies de gloire personnelle, ni même faire " payer" à autrui ses rêves de postérité bafoués par la naissance de Wolfgang. Nannerl saura également se faire discrète et se consacrera à sa vie d’épouse, à défaut de briller dans les concerts prestigieux. La règle selon laquelle il n’y a pas de place pour deux étoiles sous le même toit, s’est appliquée naturellement chez les Mozart.

Entre 1784 et 1786, Mozart compose en moyenne une œuvre tous les quinze jours. Quatre sur cinq comptent parmi ses chefs-d'œuvre. A partir de 1787, Wolfgang et Constanze commencent à déplorer quelques soucis d'argent, de plus ils tombent malade en même temps. N’oublions pas les épreuves difficiles que le couple à dû surmonter et qui, de nos jours, déclenche plus souvent une séparation qu’une complicité ! Mozart organise cependant quelques tournées, notamment à Prague.


Don Giovanni

Le 29 octobre à Prague, Mozart organise la première représentation de Don Giovanni. Mozart, qui dirige lui-même l'orchestre, est salué par une triple acclamation lorsqu'il paraît en scène. L'opéra est accueilli par des applaudissements et des acclamations. Wolfgang confiera avoir fini l'opéra la veille, de plus, il lui manquait l'ouverture. En revanche, Vienne boude Mozart. Le 7 mai 1788, l'opéra ne parvient pas à s'imposer. Joseph II assistant à une des dernières dit à Mozart :
"L'opéra est divin je dirai même qu'il est mieux que Figaro, mais ce n'est pas le mets qui convient aux dents de mes Viennois"
, à quoi Wolfgang aurait riposté:
" - Laissons leur le temps de le mâcher!"


En 1789, Mozart part à Leipzig où il jouera de l'orgue, en l'église dont Bach avait été très longtemps le Cantor. De retour à Vienne, il collabore de nouveau avec Lorenzo da Ponte et crée avec lui Cosi fan tutte. Mais Mozart est de moins en moins populaire. L’incompréhension et l’agacement de la cour se fait sentir. Il a perdu la protection de l'empereur mort en 1790, qui l'avait nommé compositeur de la cour.


La dernière année


Le 14 décembre 1790, Mozart dit adieu à son ami compositeur Joseph Haydn qui part en tournée à Londres. Ils ne se reverront plus jamais et Mozart le sait ; une sorte de frisson glacé l’envahit déjà ; il se confie à son ami et éclate en sanglots.

En mars, Wolfgang donne son dernier concert public en jouant son concerto pour piano K595.

A la fin du printemps, Mozart obtient le poste d’adjoint au Kappelmeister Léopold Hoffmann de la cathédrale de saint Etienne. Mozart devait remplacer Hoffmann à sa mort, mais c’est Wolfgang mourra avant lui.

Mozart obtient une nouvelle commande au cours de cette même période. L’acteur et directeur de théâtre Schikaneder (ami et frère-maçon) lui demande d’écrire un opéra pour un théâtre de banlieue de Vienne. Ce sera la Flûte enchantée.

Mozart doit aussi composer dans un bref délai un opéra pour célébrer le couronnement de Léopold II. Ce sera la Clémence de Titus, K621.

Mozart reçoit la visite d’un messager anonyme. Ce dernier lui commande le fameux Requiem. On sait aujourd’hui qu’il s’agissait du comte Franz von Walsegg, qui se prétendait compositeur ; il avait pour habitude de payer des "nègres" qui composaient pour lui. Cette commande-ci était secrètement formulée pour une messe funèbre à la mémoire de son épouse.

Le 26 juillet 1791 naît le sixième enfant de Wolfgang et Constanze, le deuxième qui survivra ; Franz Xaver Wolfgang fit une carrière de musicien, mais qui resta toujours dans l’obscurité, bien qu’il se permit de signer quelques œuvres du nom de son illustre père.

A la fin du mois d’août, les Mozart partent pour Prague. Wolfgang donne une représentation de Don Giovanni et dirige en personne la première de La Clémence de Titus.

Mozart peu après dirige la première de La Flûte enchantée. Ce dernier opéra obtient un énorme succès, la salle se remplit de plus en plus au fur et à mesure des représentations.



Mozart dont la santé se dégrade n’est nullement déprimé, ni convaincu que son Requiem est écrit pour lui. Sa joie et son bonheur sont parfois lisibles dans les lettres destinées à sa femme, en cure à Baden.

Le 18 novembre 1791, Mozart tombe gravement malade. Les diagnostics modernes parlent d’une fièvre rhumatismale récurrente ainsi que d’une insuffisance rénale importante. Il s’alite le 20 novembre.

Le 4 décembre, Mozart parait avoir repris quelques forces et se remet à composer son Requiem qu’il souhaite absolument terminer. A la fin de cette même journée, son état s’aggrave brutalement. On joue la 84ème représentation de La Flûte enchantée qui rencontre toujours un énorme succès. C’est sa femme et sa belle-sœur Sophie qui le veillent. Wolfgang fond en larmes et s’inquiète de ne jamais terminer son Requiem. Quelques amis et élèves musiciens viennent chanter avec lui. Il s’arrête au début du Lacrimosa, en proie à l’émotion, et dispense les dernières instructions à son élève Süssmayer afin qu’il termine son œuvre (ce qu’il fit très honorablement, bien qu’il mentit à plusieurs reprises en se faisant passer pour l’auteur de presque tout l’ensemble du Requiem, jusqu’à ce que Constanze indique aux éditeurs les limites de la vérité).

Le 5 décembre 1791, vers 23h00, Wolfgang tombe dans le coma ; le médecin que l’on avait appelé se décide enfin à laisser ses réjouissances quelques minutes ; il arrive mais à 0h55, Wolfgang Amadeus Mozart rend son dernier souffle. Il est âgé seulement de 35 ans. Hystérique de douleur, Constanze s’allonge aux côté du cadavre de son tendre mari, pour " mourir avec lui par contamination de son mal".

La fosse commune et la tempête de neige accompagnant le mort sont des légendes brodées au fil des années et selon la fantaisie romanesque des biographes. Wolfgang bénéficie d’un enterrement de troisième classe, c’est à dire que son corps est déposé (non pas jeté comme dans le film Amadeus, qui exagère afin de révolter le public), déposé donc dans une fosse qui contiendra plus tard 16 corps en tout. Les corps sont disposés par rangées de 4, posés les uns sur les autres, séparés par une couche de terre. Le temps est doux pour la saison. Sa dépouille aura droit à une très courte messe à l’extérieur de la cathédrale Saint - Etienne, sans musique! On ignore qui se trouvait dans l’assistance, cependant l’absence de Constanze est une certitude (le fait même qu’elle avoue cela dans la biographie écrite par son second mari von Nissen, prouve si cela était nécessaire qu’elle n’en éprouve aucune honte ni regret, comme l’usage et le chagrin le lui permettaient.) Peut-être y avait-il son rival, Salieri (qui avait la plus grande admiration pour son collègue), à son élève Süssmayer, certains francs-maçons, mais leur discrétion et les précautions d’usage les empêchent de se manifester ouvertement. Une Tenue spéciale en Loge maçonnique aura lieu pour Mozart. L’emplacement de la tombe n’a pu être déterminé avec précision car personne n'a suivi le cortège jusqu’au cimetière Saint–Marx, telle était la tradition d’alors en Autriche. De plus, le cimetière est situé à plusieurs kilomètres de la ville, il n’est pas dans les usages de suivre le cercueil jusque là. Par ailleurs, son transfert selon la réglementation ne peut s’effectuer qu’après six heures du soir, donc lorsque la nuit approche. La tombe est donc restée anonyme, le protocole funéraire ne permet pas de poser de croix. Le cénotaphe que le public peut aujourd’hui aller honorer correspond aux indications que les fossoyeurs ont données à Carl von Nissen et Constanze, tandis que l’employé qui avait placé le corps de Mozart était décédé, et ne pouvait donc aucunement les aider situer l’endroit exact. On peut s’étonner du fait que Constanze ne se soit pas inquiétée de la tombe de son défunt mari bien des années plus tard, cependant quelques éléments sont à noter :

- En qualité de franc-maçon très converti, Mozart n’accordait aucune importance aux corps des défunts et aux tombes, puisqu’il pensait qu’une autre vie se déroulait ailleurs.

- L’urgence pour Constanze était sa propre survie et celle de ses enfants, alors qu’ils croulaient sous les dettes.

- Elle ignorait encore quelle perte constituait pour le monde musical le décès de Mozart, car il ne jouissait que très peu de sa notoriété. Si Mozart était mort deux ans plus tard, ses succès auraient été tels que ses funérailles eussent été nationales.

Exceptée Constanze, seul Joseph Haydn pleurera toute la nuit de Noël en apprenant la mort de son jeune ami. Dans la semaine qui suivit, une messe commémorative fut célébrée a Prague où il était adoré. Plus de 4000 personnes assistèrent à la cérémonie.

Monument indiquant l'endroit supposé de la tombe de Mozart

Les dernières années de Mozart ont souvent passionné les écrivains et les biographes. Ils ont souvent parlé de problèmes d'argent et le décrivent presque tombé dans la misère. La réalité est bien différente. Mozart avait certainement des difficultés financières, mais elles n'étaient pas excessives. Il faut se souvenir qu'à l'époque, le système bancaire n'existait pas. Les emprunts entre amis étaient très courants. Mozart emprunta, certes, mais prêta beaucoup d'argent. Mozart dans les cinq dernières années composa sans arrêt écrivait à une vitesse phénoménale. Il composa certaines des plus belles œuvres de l'histoire de la musique, que les plus grands de nos jours saluent encore et jugent inégalées.

En 1791 :
Beethoven a 21 ans
Napoléon a 22 ans
Haydn a encore 18 ans à vivre
Schubert naîtra dans 6 ans (1797)

 
Octobre-décembre1771: Création d’Asciano in Alba le 17 octobre à Milan. Octobre 1772-mars 1773 : Création de Lucio Silla le 26 décembre à Milan.
Décembre 1774-janvier 1775 : Création de La Finta Giardiniera le
13 janvier à Munich
Octobre 1777-janvier 1779 : Grande tournée, passage à Paris, Munich, Ausbourg et Mannheim
Novembre 1780-mars 1781 : Création D’Idomenée le 29 janvier 1781. Wolfgang le 16 mars 1781 rejoint le comte Colloredo à Vienne. Rupture entre les deux hommes et installation définitive à Vienne. Juillet-novembre1783 : Mozart présente Constanze à Léopold à Salzbourg. Retour par Linz.
Janvier-février1787 : premier
voyage de Wolfgang à Prague, il dirige les Noces de Figaro.
Octobre-novembre1787 : Création de Don Giovanni le 29 octobre à Prague.
Avril-juin1789 : Passage à Berlin, Prague, Dresde, Leipzig et Postdam. Octobre1790 : Couronnement de Léopold II à Francfort.
Août-septembre1791 : Création de la clémence de Titus le 6 septembre à Prague  


Vienne

Dernière mise à jour :
18 octobre 2005
Wolfgang Amadeus MOZART : La fin d'une vie